Mes images photographiques, comme l’ouverture du diaphragme, se resserrent sur des détails et s’ouvrent sur le monde. Allant du plan rapproché comme une loupe qui pointe un fragment, jusqu’au paysage infini qui nous entoure. 

 

 

Sujet d’études au potentiel infini, l’Homme n’a jamais cessé de nous fasciner et cela ne m’a pas échappé. Mes modèles sont généralement les personnes qui m’entourent, de ma grand-mère aveugle, à des amis proches, jusqu'à mon couple. C’est l’humain que j’observe, si singulier et si complexe, comme chaque personnalité.

Comme un journal intime, je m’interroge et interroge ma vie grâce à l’image et au titre que je leur donne. Je me livre et donne à voir un questionnement sur le monde et les relations qui m’entourent. Imagé ou revisité, je laisse vivre mon imaginaire. Chaque image est une histoire, un sentiment, une anecdote.

 

 

Dans les observations de notre monde si étrange, je film aussi des situations que je trouve « absurde » en camera caché. Ces situations ainsi capturées prennent la forme de courts documentaires animaliers.

Que cela soit par la photo, la vidéo ou le commissariat, les rapports humains s’articulent et nourrissent mes recherches.

Les paysages que je photographie sont souvent coupés, ou revisités, pour questionner ce réel qui m’entoure. Je cherche par mes installation à jouer avec l’imagination du spectateur, en ramassant de la matières sur place venant associer à l’image une légende ou encore en laissant vieillir des vitres aux intempéries, reproduisant l’effet d’une fenêtre sur l’extérieur.

 

 La photographie est un point de départ, prenant de multiples mises en scène selon le sujet traité.

 

C’est non sans humour que je regarde le monde qui nous entoure, par ma pratique se révèle un autre imaginaire , une respiration pour les yeux.

 

Sophie Monjaret

Cécile Welker, docteure en Art, juillet 2018

Le projet de commissariat //DEVENIR//, présenté au Collège des Bernardins pendant 6 mois, portait en lieu deux ritournelles : questionner le devenir de notre monde incertain tout en faisant travailler 10 artistes en collectif. Sophie Monjaret a alors réuni, dans l’ancienne sacristie, un microcosme, une sorte de monde en soi, avec ses qualités et ses défauts. On retrouve la forme de ces deux intérêts dans son travail plastique : le regard porté sur la nature et sur les autres. 

 

C’est vrai qu’elle est très attachée à la notion de groupe et de collaboration. C’est quelque chose qu’elle éprouve tous les jours dans sa pratique. Quand elle est dans mon atelier, elle éprouve rapidement le besoin de travailler avec d’autres, de rencontrer, de partager, d’échanger, de rencontrer. Le projet //DEVENIR// en est l’essence, elle a fédéré autour d’elle une joyeuse troupe. 

De ce fait on pourrait dire qu’elle envisage ses œuvres comme des études anthropologiques.

 

Elle a par exemple commencé par filmer son entourage, sa famille, ses amis. Elle allait dormir chez eux pour partager le moment du petit déjeuner, pour capturer ce moment entre rêve et réalité. Elle a réinterprété ce qui pouvait se passer dans leurs têtes et elle a fait jouer des comédiens pour parler à leur place, comme si c’était leurs pensées du matin. Puis ce sont ses proches qui ont imaginé une histoire à accoler à son autoportrait. Face à une image sans légende, plusieurs interprétations sont possibles. De-là sont venus les documentaires animaliers : elle a capturé plusieurs situations particulières de déplacement, d’attitudes de personnes qui dénotent, comme ce père qui joue à la raquette sur la plage ou ce fumeur sur le quai du RER. Elle va isoler des mouvements et les faire dialoguer avec la voix off de documentaires animaliers particulièrement éloquents, qui donnent alors un autre sens aux images. Tout d’un coup, dans le comportement des gens que filme Sophie Monjaret, apparaît un geste étrange, absurde, qui dialogue avec le comportement d’un animal. Le père joue à la raquette avec sa fille avec une sucette dans la bouche et passe son temps à regarder ses muscles tendus plutôt que sa fille. Dans sa gestuelle, il danse. Cela fait penser à la danse nuptiale, et c’est devenu un oiseau qui recherche sa partenaire. Le fumeur joue avec sa cigarette en la faisant gracieusement danser d’avant en arrière, quand  la bande son nous raconte que l’extinction des dinosaures n’a pas provoqué la fin de l’humanité.

 

Cette curiosité des hommes a forcément amené une curiosité des paysages. Sophie Monjaret a beaucoup voyagé, dans de nombreux pays. Au Nigéria avec l’atelier de Patrick Tosani, où elle est entrée dans l’intimité des cases. Au Chili, où elle a vécu le désoeuvrement après le tremblement de terre de 2010. En Asie, où elle documente son road trip avec son téléphone portable. 

Ce ne sont pas ces photos que vous trouverez dans ce dossier. Ce sont pour elle des carnets de voyage, les histoires et rencontres qu’elle a vécues mais qu’elle ne veut pas montrer. Par pudeur peut-être. Toutefois ces expériences en disent long sur le tempérament de l’artiste, sur ses centres d’interêts et sa façon de voir le monde. Car c’est ce qu’on devine dans ses photos comme dans ses vidéos : un oeil, un regard, une façon de cadrer, de décaler, de magnifier pour questionner, avec beauté et bienveillance. 

 

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